En cette fin de siècle apocalyptique,
l'indigence semblait le lot d'une génération perdue. Pas plus
qu'un autre, sire loup n'échappait aux affres de la crise. Lui
qui, naguère, se tarquait de ne se sustenter que d'original et
de caribou, il lui arrivait maintenant de bouffer du granole et
parfois même du récupéré.
A sa grande surprise il ne s'en
portait que mieux. Tant et si bien qu'un jour il fut pris d'une
irrésistible envie de danser. Désertant son vert bocage, il se
dirigea d'un pas guilleret vers le bourg voisin. Afin de ne pas
effrayer les villageois, la bête avait revêtu une cape et un masque
de bal. Dans la rue on pouvait entendre les mandolines et les
violons égayer un quelconque sabbat.
Il se mêla si adroitement aux
noceurs et démontra un tel entrain qu'on ne tarda pas à lui demander
de monter sur le tréteau pour chanter quelque chose. L'animal
n'avait surtout pas prévu la chose et se retrouva sur les planches
aux prises avec une violente panne d'inspiration.
La précarité de sa situation
eut tôt fait de se répercuter sur son nouvel équilibre gastrique.
C'est en cherchant ses mots que sire Loup délivra la vesse la
plus tonitruante qu'on ait entendue depuis Pantagruel.